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Dans un coin de mémoire oubliée, l’enfant
en nous qui n’a pas complètement disparu malgré les
aléas et l’éponge du temps, se souvient du cabas
dont la main maternelle s’emparait pour aller aux courses, l’autre
tendue vers soi dans une offrande machinale mais rassurante sur la
route des commissions.
Nous allions de marchande de quatre saisons
- la charrette bariolée, du vert des blettes au rose des radis
- en boutique opulente du tripier, où la tête de veau
figeait sa langue pendante vers nous comme un dernier mépris.
Loin des super, hyper, à l’éclairage calculé,
nous allions simplement soleil aidant, au marché.
Devant les
présentoirs des camps de consommation à l’espace
mesuré, nous sommes aussi conditionnés que les produits
entassés devant nous. Devenus machines vivantes à dépenser, à absorber
de la bouffe, le trop plein de nos mâchoires et le vide de
nos bourses ont ranimé notre raison. Dans ce monde du bonheur
empaqueté,
de communes lucidités ont émergé.
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Paysans
en disparition, consommateurs en désarroi, l’évidence
du rapprochement pour défendre les uns et rassurer les autres
a trouvé son
point de convergence et généré les Associations
pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne (AMAP).
Un contrat
garantissant qualité des productions fermières contre
juste rémunération du travail agricole va lier les acteurs
dans un souci de solidarité active. Chaque semaine, les membres
du réseau recevront ce que le rythme des saisons et le savoir-faire
paysan ont permis de récolter.
Le « panier amapien » va
devenir cette emplette de nature près de chez soi, pied de nez à l’agrobusiness
et à sa mondialisation dévastatrice.
Modeste mais déterminé,
le mouvement évolue avec prudence pour nous aider à retrouver
ce goût de l’authentique à la saveur tendre de nostalgie.
Aux paniers, citoyens !
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